Que voir dans le jardin du Turia ? Pour commencer, l'absence flagrante de rivière. Cela semble absurde, mais l'architecture monumentale du jardin du Turia repose, littéralement, sur un vide. Après la crue tragique de 1957, Valence a banni le cours d'eau vers le sud et s'est retrouvée avec une immense cicatrice traversée par 18 ponts. Aujourd'hui, vous marchez sur de l'herbe là où il y a des décennies il y avait des courants imprévisibles, dans un couloir vert de près de 9 kilomètres qui redéfinit complètement la géographie de la ville.
L'histoire secrète du lieu n'est pas vraiment un conte de fées urbain. Si les autorités avaient exécuté leurs plans, aujourd'hui vous ne planifieriez pas une promenade parmi les pins, mais vous esquiveriez des camions. Cet espace est le résultat du bras de fer entre un gouvernement qui y voyait une opportunité commerciale et une ville qui réclamait de l'oxygène. Comprendre ce jardin, c'est comprendre comment une terre marginale et insalubre a échappé à sa condamnation à devenir un échangeur autoroutier.
Highlights
- Environ 130 hectares de parc sur le lit d'une rivière fantôme.
- 18 ponts dont les bases reposent désormais sur la terre ferme.
- L'écho de la révolte citoyenne de 1976 contre le plan autoroutier.
- Parc Gulliver : 70 mètres d'architecture surréaliste et ludique.
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Penser à un parc évoque généralement un design inoffensif, un ornement urbain sans plus de conflit que de décider où planter un arbre. Le jardin du Turia déroge à cette règle. Avec ses près de 9 kilomètres et environ 130 hectares, c’est l’un des plus grands parcs urbains d’Espagne, mais son échelle n’est pas la chose la plus fascinante. Ce qui est vraiment révélateur, c’est sa nature de cicatrice. Il est né d’une catastrophe naturelle traumatisante dans les années 50 et a survécu à une menace d’asphalte bureaucratique dans les années 60 et 70. Ce qui semble aujourd’hui être une oasis sereine était, en réalité, un champ de bataille politique et social. Pour comprendre l’ampleur de ce que vous avez sous les pieds, il ne suffit pas de regarder la botanique ; il faut écouter la mémoire de la boue qui l’a engendré.
Où le Turia s’est transformé en boue
Pont de Serranos
Il est étrange d’observer les imposants murs de soutènement en pierre de taille des XVIIe et XVIIIe siècles conçus pour canaliser la fureur de l’eau, désormais réduits à délimiter des zones de pelouse. Cependant, aux premières heures du 14 octobre 1957, cette solide ingénierie en pierre s’est avérée inutile. La Grande Inondation a fait déborder le canal, laissant des dizaines de morts et une ville noyée.
La mémoire populaire conserve encore la terreur du ‘cap de la riuada’, un mur d’eau et de boue qui est descendu avec un bruit assourdissant, semblable à mille trains en marche. C’est cet épisode violent qui a forcé la décision gouvernementale de détourner le chenal vers le sud.
Que se passe-t-il lorsque vous retirez chirurgicalement le cœur liquide d’une ville et que vous laissez une entaille vide en son centre ? L’abandon et le silence n’ont pas duré longtemps. Lors de votre visite sur place, le guide audio vous dévoilera les détails de cette aube critique et comment le traumatisme a façonné la terre que vous foulez aujourd’hui.
L’autoroute que Valence a arrêtée
Palau de la Música de València
Face à la géométrie ordonnée et à l’air classique que Ricardo Bofill a imprimés sur ce tronçon de parc dans les années 1980, il est facile de supposer que l’État a toujours voulu offrir un verger aux citoyens. Faux. En 1966, le plan officiel du régime franquiste était de convertir le lit asséché en un réseau rentable d’autoroutes et d’échangeurs pour relier le port à l’aéroport.
L’asphalte semblait inévitable jusqu’à ce que la rue dise stop. Un mouvement citoyen s’est levé avec un slogan clair : “El riu és nostre i el volem verd” (La rivière est à nous et nous la voulons verte). Leur pression fut si frontale que, contre toute attente bureaucratique, ils réussirent à faire céder par le roi Juan Carlos Ier les terres à la ville pour un usage exclusivement public en 1976.
Le premier tronçon vert a été inauguré en 1986, mais la tension entre les aspirations de la rue et les décisions des bureaux a laissé des cicatrices de conception. Lancez cet extrait audio devant le Palau de la Música pour découvrir comment les Valenciens ont saboté les plans du ministère et sauvé la ville de la fumée.
Un géant attaché au sable
Parc Gulliver
Soudain, le paysage romantique se brise et une structure colossale et anormale émerge. Inauguré en 1990 et conçu par l’architecte Rafael Rivera en collaboration avec l’artiste fallero Manolo Martín, le parc Gulliver est une sculpture monumentale de 70 mètres de long criblée de rampes et de toboggans.
Cependant, les villes achètent rarement les récits institutionnels sans les modifier. Pendant des années, l’immense figure allongée a peu à peu perdu une partie de sa coloration originale à cause du soleil et de l’usage constant de générations d’enfants.
Pourquoi planter une telle folie ludique au milieu d’un lit de rivière vide ? Il y a une déconnexion brillante entre la formalité des tronçons précédents et cette extravagance visuelle. L’explication de cette excentricité vous attend dans notre narration au pied du parc.
L’horizon blanc de chaux
Cité des Arts et des Sciences
Il est difficile de réconcilier l’image de ce dernier tronçon avec son passé documenté. Avant l’inondation, et pendant les années qui ont suivi la dessiccation, cette zone était un espace profondément marginal. Un coin insalubre servant de décharge, peuplé de baraquements de l’extrême pauvreté, et faisant office de terrain de football en terre improvisé.
Aujourd’hui, cette misère a été effacée par le béton, l’acier et le verre. Conçus par Santiago Calatrava en 1991, les abords de la Cité des Arts et des Sciences marquent le point de rencontre de l’ancien lit de la rivière avec la mer.
Le contraste est absolu : de la marginalité au futurisme aseptisé. La rivière a disparu, mais elle a laissé une immense toile sur laquelle Valence a projeté à la fois ses ambitions les plus grandiloquentes et ses obsessions esthétiques. Atteignez la fin du lit de la rivière, appuyez sur lecture et écoutez le verdict sur le prix controversé de cette modernité éblouissante.