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Marché Warorot (Kad Luang)
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Marché Historique

Marché Warorot (Kad Luang)

En 1910, une princesse fit transférer les cendres des anciens souverains de Chiang Mai pour bâtir un marché sur le cimetière royal. Il fonctionne toujours. Découvrez que voir au marché Warorot.

60 min d'audioCuisine Lanna

Le marché Warorot, que tout Chiang Mai appelle Kad Luang — Grand Marché en dialecte Lanna —, occupe le sol de l'ancien cimetière dynastique de la ville. En 1910, la princesse Dara Rasmi ordonna le transfert des cendres des souverains au Wat Suan Dok pour édifier ici le centre commercial de la ville, décision de modernisation radicale qui heurta de plein fouet l'intangibilité traditionnelle du sol dynastique.

Sa position au bord de la rivière Ping n'est pas fortuite non plus : avant l'arrivée du train à Chiang Mai en 1922, la rivière était l'unique voie reliant la ville à Bangkok. Le bâtiment d'origine, en bois, brûla entièrement en 1968, et l'actuel, en béton et inauguré en 1972, s'organise autour d'un grand atrium central carré qui permet d'observer depuis les étages la mosaïque des étals du rez-de-chaussée.

À voir

  • Un cimetière royal devenu marché — La décision de la princesse Dara Rasmi en 1910
  • Incendie de 1968 — Le feu qui effaça la structure de bois d'origine en une nuit
  • Atrium central — Le vide carré du bâtiment de 1972, et le palan improvisé des inondations
  • Sai Ua et Nam Prik Num — La saucisse du nord et la sauce au piment vert grillé, au rez-de-chaussée
  • Galeries textiles — Tissages hmong, coton mor hom et les boutiques sikhes et hindoues des ruelles

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Il existe un test rapide pour savoir si un marché est authentique : regarder qui achète au deuxième étage. Au marché WarorotKad Luang pour quiconque est né à Chiang Mai — le rez-de-chaussée accueille tout le monde, mais les étages supérieurs vendent encore des vêtements traditionnels Lanna et des textiles des tribus des collines à une clientèle locale. Ce dédoublement est la clé pour comprendre un lieu qui est depuis plus d’un siècle l’appareil circulatoire de la ville.

Son nom officiel honore le prince Inthawarorot Suriyawong ; le nom populaire, Kad Luang, proclame simplement son rang : le grand marché. Et sous ces deux noms bat un fait dérangeant que presque aucun visiteur ne connaît. Pour comprendre que voir au marché Warorot, mieux vaut commencer par son sol, car l’histoire secrète de Kad Luang débute en 1910 par une exhumation. L’audioguide EarGuide parcourt les quatre étapes qui relient la rivière, les tombes, le feu et les galeries.

Le marché né face au Ping

Rivière Ping

La première étape se situe à la sortie est, à quelques mètres de la rivière Ping. La proximité explique tout le reste : avant l’arrivée du train à Chiang Mai en 1922, le Ping était l’unique artère commerciale reliant la ville à Bangkok, et toute marchandise entrant dans le nord ou en sortant passait par l’eau. Un marché planté sur cette rive n’a pas choisi le lieu : le lieu l’a choisi.

Cette dépendance à la rivière eut des conséquences bien au-delà du commerce. L’essor du marché au début du XXe siècle attira une vague d’immigrants, et les descendants de ces commerçants sikhs et hindous tiennent encore aujourd’hui les boutiques de tissus des ruelles adjacentes. Dans les rues alentour se concentrent aussi les plus anciens bijoutiers en or de la ville, fondés par des immigrants chinois il y a un siècle, où les familles de Chiang Mai continuent d’acheter l’or des dots malgré la concurrence des centres commerciaux.

La rivière prélève aussi son dû. Lors des grandes inondations de 2011 et 2022, l’eau boueuse submergea entièrement le rez-de-chaussée. Comment les commerçants réagirent ces nuits-là est une histoire que la narration garde pour la troisième étape, et qui change la lecture du bâtiment.

Acheter sur un ancien sol dynastique

Marché Warorot (Kad Luang)

L’entrée principale du rez-de-chaussée est le point où il convient de songer à ce qu’il y a dessous. Jusqu’en 1910, cette parcelle était le cimetière royal de Chiang Mai, où reposaient les cendres des anciens souverains de la ville. Cette année-là, la princesse Dara Rasmi ordonna leur transfert au Wat Suan Dok afin d’y élever un marché.

La décision fut bien plus qu’une formalité urbanistique. Elle plaça le développement économique au-dessus de l’intangibilité du sol dynastique et heurta de plein fouet les convictions religieuses de l’époque, dans une ville où le lien entre territoire, lignage et protection spirituelle était tout sauf symbolique. Moderniser Chiang Mai signifia, très littéralement, déplacer les morts.

Le malaise ne se dissipa pas avec le transfert. Chez les vendeurs les plus anciens persiste la coutume de déposer de petites offrandes au ras du sol — fleurs, encens, noix de bétel — dans les recoins les moins fréquentés, pour apaiser les esprits des anciens souverains et assurer une journée de ventes prospère. Tout autour, le rez-de-chaussée déploie l’épicentre de la cuisine Lanna : des montagnes de sai ua, l’épaisse saucisse du nord chargée d’herbes que l’on tranche sous les yeux du client, et le nam prik num, la sauce au piment vert grillé. Une fois l’an, lors de la Fête végétarienne du neuvième mois lunaire, tout cela disparaît sous une mer de drapeaux jaunes et le marché devient strictement végétalien neuf jours durant.

L’atrium qui trahit l’incendie

L'atrium central

Au centre du bâtiment s’ouvre un grand vide carré qui traverse les étages et permet d’observer d’en haut la fourmilière des étals du rez-de-chaussée. Cet atrium est la pièce qui date l’immeuble, car le marché que l’on parcourt aujourd’hui n’est pas celui d’origine.

En 1968, un incendie dévastateur réduisit en cendres la structure de bois initiale. Le marché qui avait défini la vie commerciale de Chiang Mai pendant près de six décennies disparut en une nuit. Le bâtiment actuel, inauguré en 1972, répondit avec le matériau et le langage de son époque : béton, plan rationnel et cet atrium central qui ventile et éclaire l’intérieur.

Le vide se révéla avoir un second usage que nul n’avait prévu. Lors des crues du Ping, quand l’eau envahit le rez-de-chaussée, les commerçants utilisèrent l’atrium pour hisser à la corde des tonnes de denrées et de tissus vers les étages, transformant les galeries en entrepôt d’urgence. Un élément conçu pour apporter la lumière finit par servir d’arche. Les détails de ces nuits s’écoutent le mieux penché à la rambarde, avec la narration en fond.

En haut, le marché cesse de jouer pour les touristes

Galeries textiles

Les deuxième et troisième étages changent de public. Ici, pas de souvenirs : des mannequins, des piles de tissu, des chemises traditionnelles en coton mor hom et des broderies des tribus des montagnes, dont les Hmong. C’est la part du marché vouée à la vie quotidienne locale, où l’on achète des vêtements que l’on compte porter et non photographier.

Le contraste avec le rez-de-chaussée est instructif. En bas, la gastronomie fonctionne aussi comme spectacle et attire le visiteur ; en haut, la transaction est domestique et le rythme plus lent. Parcourir les galeries textiles est la manière la plus directe de vérifier que Kad Luang n’est pas devenu un décor de lui-même.

Et le cycle ne s’achève pas à la fermeture. À la tombée du jour, l’intérieur baisse ses rideaux, mais les rues alentour se muent en un dense marché nocturne de cuisine de rue qui maintient l’activité presque sans interruption. Un marché qui commença en déplaçant des tombes, brûla entièrement et se releva refuse encore de s’accorder une heure de silence. Ce qui soutient cette continuité, EarGuide le décortique à cette dernière étape.

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