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Wat Phra Singh
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Temple Royal

Wat Phra Singh

Le temple du rang le plus élevé de la vieille ville de Chiang Mai garde une image du Bouddha dont trois villes se disputent l'authenticité et à qui l'on vola la tête en 1922. Découvrez que voir au Wat Phra Singh.

60 min d'audioArt Lanna

Wat Phra Singh naquit en 1345 comme un tombeau. Le roi Phayu, de la dynastie Mangrai, le fonda pour abriter le chedi funéraire contenant les cendres de son père, le roi Kham Fu, et cette commande privée devint l'ensemble monastique du rang le plus élevé de l'enceinte fortifiée : en 1935, le roi Ananda Mahidol lui accorda la distinction de woramahawihan, la plus haute qu'un temple bouddhique puisse recevoir en Thaïlande.

L'enceinte réunit le grand chedi circulaire sur base carrée orné d'éléphants, l'austère Wihan Luang d'usage monastique quotidien, une bibliothèque des écritures élevée sur pilotis et, surtout, le Wihan Lai Kham, pavillon de bois construit entre 1815 et 1821 dont le stuc doré et les peintures murales du XIXe siècle composent le portrait le plus détaillé conservé de la vie quotidienne au Lanna.

À voir

  • Phra Buddha Sihing — L'image la plus vénérée du nord, revendiquée par Chiang Mai, Bangkok et Nakhon Si Thammarat
  • Wihan Lai Kham — Pavillon de bois de 1815-1821 au stuc doré en motifs végétaux
  • Peintures murales du XIXe siècle — Le Sang Thong et le Suwannahong peints comme un album de la société Lanna
  • Chedi funéraire de 1345 — Élevé pour les cendres du roi Kham Fu et orné d'éléphants
  • Ho trai — Bibliothèque sur pilotis contre les crues et les termites

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Le carré fortifié de Chiang Mai abrite plus de trente temples, mais un seul détient le rang de woramahawihan. Wat Phra Singh l’obtint en 1935, presque six siècles après sa fondation, et cet écart entre origine et reconnaissance résume sa trajectoire : il commença comme mausolée familial en 1345 et finit comme centre cérémoniel de la ville, le lieu d’où part chaque avril la seule image du Bouddha que Chiang Mai promène dans ses rues.

Comprendre que voir au Wat Phra Singh suppose d’admettre que l’enceinte fonctionne sur deux registres simultanés. D’un côté, l’architecture du Wat Phra Singh offre un catalogue presque complet du répertoire constructif Lanna : chedi, viharn d’assemblée, pavillon orné et bibliothèque sur pilotis. De l’autre, le temple garde une histoire secrète faite d’attributions incertaines, d’un vol jamais élucidé et d’un long siècle de silence institutionnel. L’audioguide EarGuide parcourt les quatre étapes qui relient ces deux plans.

Le chedi est né comme tombeau royal

Chedi Principal

La première étape se place devant le grand chedi, au centre-est de l’enceinte et visible depuis l’entrée principale. Sa forme — corps circulaire en cloche sur base carrée, couronné d’une flèche dorée et orné de sculptures d’éléphants — suit le modèle Lanna classique, mais sa fonction d’origine fut strictement funéraire : contenir les cendres du roi Kham Fu, sur commande de son fils le roi Phayu, en 1345.

Cette donnée réordonne la lecture de l’ensemble. Le temple ne fut planifié ni comme centre de pèlerinage ni comme siège rituel de la ville ; ces rôles vinrent plus tard, par accumulation. La structure a été agrandie et restaurée à plusieurs reprises au fil des siècles, de sorte que ce que l’on contemple aujourd’hui est un objet composite, avec des couches superposées sur un noyau du XIVe siècle.

Il faut aussi situer l’édifice dans son contexte de discontinuité. La domination birmane sur Chiang Mai dura approximativement de 1558 à 1775, et après le retrait la ville resta largement dépeuplée jusqu’en 1791, quand le prince Kawila entreprit sa restauration. On ne peut affirmer que le temple soit resté en usage actif ininterrompu durant toute cette période, et cette lacune est plus éloquente qu’il n’y paraît. Ce qui survécut et ce qu’il fallut refaire est détaillé dans la narration devant le chedi.

Un toit qui descend pour protéger

Viharn Lai Kham

Du côté ouest de l’enceinte s’élève le Wihan Lai Kham, l’édifice le plus orné de l’ensemble et le plus petit de ses bâtiments principaux. Il fut construit entre 1815 et 1821 sous le prince Thammalangka, second prince de Chiang Mai, au moment où la ville se reconstruisait après la longue parenthèse birmane.

Son trait le plus reconnaissable est le toit à trois niveaux étagés, qui descend par plans successifs jusqu’à rapprocher l’avant-toit du sol. La solution n’est pas seulement esthétique : elle réduit l’exposition des murs à la pluie de mousson et maintient l’intérieur dans la pénombre, condition indispensable à la conservation de ce qu’il abrite. Les frontons portent le décor de stuc doré en motifs végétaux qui donne son nom au pavillon, le motif lai kham.

Vue de l’extérieur, la façade fonctionne comme une annonce : la densité de la dorure signale que l’édifice garde quelque chose d’exceptionnel. Le contraste avec le Wihan Luang voisin — grande salle d’assemblée d’usage monastique quotidien, aux lignes bien plus sobres — rend cette hiérarchie explicite. Comment le travail rituel se répartit entre les deux pavillons est expliqué durant le parcours sonore.

Le Bouddha disputé entre foi et vol

Phra Buddha Sihing

L’intérieur du Wihan Lai Kham abrite le Phra Singh, ou Phra Buddha Sihing, image assise en posture méditative aux traits et à la couronne propres au style Lanna-Sukhothai. Les chroniques racontent qu’elle fut créée au Sri Lanka et qu’elle voyagea à travers plusieurs royaumes d’Asie du Sud-Est ; les sources autorisées situent son arrivée à Chiang Mai vers 1400, reçue par le roi Saenmueangma depuis Chiang Rai, et sa consécration au temple en 1407.

C’est là que commence le problème. La Thaïlande compte trois images partageant ce nom et ce récit d’origine — celle-ci, celle du Musée national de Bangkok et celle de Nakhon Si Thammarat —, et chacune revendique d’être l’originale. Aucune étude d’histoire de l’art n’a pu établir laquelle l’est, si tant est qu’une le soit, et l’origine cingalaise est aujourd’hui tenue pour une légende fondatrice plutôt que pour un fait documenté. L’image la plus vénérée du nord de la Thaïlande est, techniquement, une attribution disputée.

À cette incertitude s’ajoute un épisode concret : en 1922, la tête de l’image fut volée et jamais retrouvée. Celle qui préside aujourd’hui l’autel est une réplique fidèle réalisée pour la remplacer, si bien que la figure devant laquelle s’agenouillent les fidèles est un objet composite, corps ancien et tête moderne. Chaque avril, pendant Songkran, cette même image est portée dans les rues de la vieille ville pour que des dizaines de milliers de personnes la baignent d’eau parfumée. Les murs du pavillon ajoutent un troisième niveau de lecture : les peintures du XIXe siècle narrent le Sang Thong et le Suwannahong et, au passage, portraiturent des hommes aux tatouages rituels étendus et des personnages d’apparence étrangère, birmane ou chinoise, ce qui en fait un document ethnographique sans équivalent sur la société du nord à cette époque.

La bibliothèque dressée contre l’eau et les termites

Ho Trai

La dernière étape s’arrête devant le ho trai, la bibliothèque des écritures. C’est une structure élevée sur pilotis, au corps principal à mi-hauteur et au décor de stuc à l’étage, et son dessin répond à deux menaces très concrètes : les crues de la saison des moussons et les insectes xylophages qui dévorent les manuscrits sur feuilles de palme.

Ce type d’édifice est un trait distinctif des grands ensembles monastiques Lanna et explique, en grande partie, pourquoi des textes du nord de la Thaïlande nous sont parvenus. La solution constructive — séparer l’archive du sol et l’isoler — est aussi pragmatique que révélatrice de l’importance que la communauté monastique accordait à l’écrit.

Placé en fin de parcours, le ho trai livre la dernière clé de l’ensemble : un temple qui commença par garder des cendres, continua en gardant une image disputée et finit par garder aussi la mémoire écrite du royaume. Ce que contenaient exactement ces manuscrits, et ce que l’on en sait aujourd’hui, clôt à cet endroit la narration d’EarGuide.

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