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Playa Norte (plage Nord)
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Tombolo et Cinéma

Playa Norte (plage Nord)

Cinq kilomètres de sable doré avec une ville fortifiée sortant de la mer au fond, et une grève où Hollywood tourna les batailles du 'Cid'. Voici que voir à la Playa Norte de Peñíscola.

8 min d'audioPromenade Littorale

La Playa Norte — Platja Nord — est une grève de quelque cinq kilomètres de sable fin et doré qui démarre au pied de la vieille ville de Peñíscola et s'étend vers le nord jusqu'à frôler la limite de Benicarló, avec une largeur atteignant soixante-dix mètres. Elle arbore le Pavillon Bleu, le Q de Qualité Touristique de l'Institut pour la Qualité Touristique Espagnole, le Pavillon Vert d'AENOR et le pavillon Qualitur de l'agence valencienne du tourisme, et dispose d'une promenade, de douches, d'une aire de jeux, d'un espace sportif et d'un office de tourisme.

Ce qui la distingue de n'importe quelle autre plage méditerranéenne se trouve au sud : la vieille ville fortifiée couronnée par le Château du Pape Luna, juchée sur un rocher de calcaires du Jurassique qui était à l'origine un îlot. La barre de sable qui le reliait à la côte disparaissait avec les tempêtes et se reformait en été, si bien que la ville se retrouvait changée en île. Cette dynamique côtière, décrite dès le XVIIIe siècle par le naturaliste Cavanilles, est cataloguée par l'Institut Géologique et Minier d'Espagne comme Lieu d'Intérêt Géologique sous le code IB223.

À voir

  • Tombolo de Peñíscola — Lieu d'Intérêt Géologique IB223, morphologie unique dans la région
  • Cinq kilomètres de sable — Grève large de 70 mètres par endroits, jusqu'à Benicarló
  • Promenade maritime — Palmiers, bancs et belvédères, plate et propice au vélo
  • Décor du 'Cid' — La bataille de Valence y fut tournée pendant l'hiver 1960-1961
  • Pavillons de qualité — Pavillon Bleu, Q de Qualité, Pavillon Vert d'AENOR et Qualitur

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Presque tout le monde photographie la Playa Norte depuis le même endroit et pour la même raison : cinq kilomètres de côte basse à l’horizontale contre la verticale massive du rocher. Ce que presque personne ne sait, c’est que cette carte postale est, littéralement, une leçon de géologie, et que la grève sur laquelle se plante le photographe fut pendant trois mois de l’hiver 1960 un champ de bataille médiéval avec mille sept cents fantassins de l’armée espagnole. La Playa Norte de Peñíscola est une excellente plage, mais elle est surtout le belvédère depuis lequel on comprend le village entier.

L’histoire secrète de la Playa Norte comporte deux couches superposées. La première est naturelle : un îlot de calcaires jurassiques amarré à la terre par un cordon de sable que les tempêtes effaçaient et que l’été refaisait. La seconde est humaine et très récente : en une décennie, entre la fin des années soixante et les années soixante-dix, un village de pêcheurs qui perdait ses habitants par l’émigration devint une commune touristique. Pour saisir que voir à la Playa Norte de Peñíscola, mieux vaut la parcourir du nord au sud, et l’audioguide EarGuide accompagne cette promenade étape par étape.

Le château qui fut une île

Platja Nord

Le parcours commence sur le tronçon nord de la grève, sur le sable ou au bord de la promenade, le regard vers le sud avec la vieille ville au fond. Ici la brise saline est constante, la rumeur des vagues s’entend d’autant plus nettement que le village est loin, et l’échelle de l’ensemble se saisit d’un seul tenant : cinq kilomètres de sable fin et doré, avec de petits galets vers les extrémités, et une ville fortifiée qui semble émerger de l’eau.

Cette impression n’a rien de littéraire. Le rocher qui porte la vieille ville est un bloc de calcaires du Jurassique qui était à l’origine un îlot, relié à la côte par une seule barre de sable étroite. Les tempêtes faisaient disparaître la barre et l’été la reformait, de sorte que Peñíscola passait des saisons à être une véritable île. L’isthme inondable rendait en outre la défense de la ville très facile, et il explique une bonne part de son histoire militaire.

L’Institut Géologique et Minier d’Espagne classe le tombolo de Peñíscola comme Lieu d’Intérêt Géologique — code IB223 —, exemple représentatif et unique dans la région de cette morphologie ; sa dynamique côtière fut décrite dès le XVIIIe siècle par le naturaliste Antonio José Cavanilles. Aujourd’hui, le rocher est rattaché à la terre artificiellement par les constructions de la croissance urbaine du XXe siècle. Comment l’on est passé de la barre capricieuse à l’isthme définitif, c’est ce que la narration décortique à cette première étape.

Le second rempart, dressé dans les années 60

Passeig Marítim de Peñíscola

La promenade maritime longe la grève, jalonnée de palmiers, de bancs et de belvédères, plate et propice aussi bien à la marche qu’au vélo. D’un côté le sable ; de l’autre, une rangée continue d’hôtels et d’immeubles d’appartements. On peut appeler cette façade, sans trop d’exagération, le second rempart de Peñíscola, et sa date de naissance est étonnamment précise.

Jusqu’au milieu des années cinquante, c’était un village de pêcheurs avec un courant historique d’émigration. Les tournages de ‘Calabuch’ en 1956 et surtout du ‘Cid’ en 1961 marquèrent le point de bascule : à la fin des années soixante et dans les années soixante-dix arriva le boom des hôtels et des appartements, la commune fut la première de la province de Castellón à adopter un Plan Général d’Aménagement Urbain et le tourisme devint son principal moteur économique, inversant ce départ des habitants.

Marcher entre les palmiers avec le front blanc sur la droite, c’est donc parcourir la trace physique d’une mutation éclair. Ce que Peñíscola gagna et perdit en cette décennie, et pourquoi son urbanisme fut décidé avant celui de ses voisines, est la conversation que l’audioguide ouvre sur ce tronçon de la promenade.

Le sable où chevaucha le Cid

Platja Nord

À mi-chemin de la vieille ville, déjà sur le sable et la ville fortifiée emplissant l’horizon au sud, se trouve le point où la plage change de sens. Durant l’hiver 1960-1961, Anthony Mann y tourna les scènes du siège et de la bataille de Valence pour ‘Le Cid’, produit par Samuel Bronston et porté par Charlton Heston et Sophia Loren. Peñíscola interpréta la Valence médiévale parce que la Valence réelle s’était trop modernisée.

Les chiffres du déploiement impressionnent encore. La production loua 1 700 fantassins de l’armée espagnole et 500 cavaliers de la Garde Municipale d’Honneur de Madrid, construisit quinze machines de guerre et tours de siège d’après des gravures historiques et décora 35 barques de créneaux pour figurer la flotte almoravide. Pendant trois mois, des centaines d’ouvriers élevèrent des remparts de décor pour masquer les immeubles modernes, et une équipe de 380 spécialistes — avec le décorateur Francisco Prósper et des artistes falleros valenciens — transforma l’esthétique du village à coups de plâtre, de peinture et de bois. Quelque 5 000 figurants passèrent par le tournage alors que Peñíscola comptait environ 2 500 habitants : des familles entières y participèrent, avec grands-parents, parents et petits-enfants dans le même plan, et des habitants louèrent à la production leurs maisons, leurs barques et jusqu’à leurs animaux. Les figurants touchaient cent pesetas par jour — vingt douros — plus un sandwich à l’omelette, quand cette somme pouvait équivaloir à un salaire mensuel ordinaire.

Et la scène qu’ils venaient tourner sur ce sable est elle-même une légende : l’épisode selon lequel le Cid gagna sa dernière bataille après sa mort, quand son cadavre, armé et attaché à son cheval, franchit la porte de la ville et fit fuir l’armée assiégeante. L’historiographie ne la tient pas pour avérée, mais le cinéma a fixé cette tradition dans l’imaginaire mondial, et il l’a fait ici. Comment se superposent les parasols d’aujourd’hui et cet hiver de carton-pâte est le cœur de cette étape.

La carte postale primée et le retour de la star

Passeig Marítim de Peñíscola

Le tronçon final de la promenade mène jusqu’à l’endroit où le sable s’achève, la ville fortifiée et le château juste devant. C’est l’image touristique la plus reconnaissable de Peñíscola et le point où la plage remet le visiteur à la vieille ville. La Playa Norte arrive à ce dénouement forte de ses distinctions — Pavillon Bleu, Q de Qualité Touristique, Pavillon Vert d’AENOR et pavillon Qualitur — et d’un équipement complet de douches, aire de jeux, espace sportif et office de tourisme.

L’histoire comporte en outre un épilogue avec un nom propre. Trente ans après le tournage, en 1991, Charlton Heston revint à Peñíscola pour parcourir les décors du film. On raconte aussi que le président Kennedy invita l’acteur pour s’entretenir de la figure du Cid, tant le personnage laissa une empreinte aux États-Unis, où le héros castillan entra dans les programmes scolaires à la suite du film.

Vu d’ici, l’ensemble s’emboîte : un îlot que la mer amarra à la terre avec du sable, un plateau de tournage improvisé qui fit d’un village de pêcheurs une icône internationale et une plage qui vit aujourd’hui de cette image. Quelle part de la carte postale relève de la nature et quelle part du scénario est la question sur laquelle la narration referme la promenade, juste avant de traverser vers les remparts.

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