Fjellstua est le belvédère et restaurant suspendu au-dessus d’Ålesund, sur le versant occidental du mont Aksla. On y accède par 418 marches de pierre qui partent du Byparken, un jardin public tracé par la municipalité en 1885 en suivant la topographie du versant, et la terrasse du sommet ouvre une vue de près de 270 degrés sur le centre-ville, l’archipel et les Alpes de Sunnmøre. La plateforme de Fjellstua se situe autour de 130 mètres au-dessus de la mer ; le belvédère le plus haut du mont, Rundskue, atteint quelque 195, et le chiffre rond généralement avancé pour l’Aksla est de 189.
Ce que l’on voit de là-haut n’est pas seulement une carte postale : c’est un diagnostic. Ålesund se serre sur des îles et des péninsules étroites de pierre — Aspøya, Nørvøya, Hessa — coincées entre les fjords et l’Atlantique, et cette trame dense de bois explique pourquoi, à l’aube du 23 janvier 1904, un incendie né dans une conserverie d’Aspøya a ravagé en une quinzaine d’heures presque toute la ville. En bas, l’Ålesund de pierre et d’Art nouveau que l’on contemple aujourd’hui est exactement celle qui s’est élevée sur ces cendres.
À voir
- 418 marches — La Bytrappa, taillée par l’Ålesund Byselskap à partir de 1885, a demandé une quinzaine d’années de travaux
- Statue de Gange-Rolv — 2,65 m de bronze pour le Viking qui fonda la Normandie, don de Rouen dévoilé en 1911
- Byrampen — La plateforme-belvédère à mi-pente, née de la rénovation de 2014-2016
- Vue de près de 270° — Quelque 200 sommets, dont 80 au-dessus de 1 000 m, et jusqu’à 14 communes de Sunnmøre
- Kniven — L’éperon rocheux avec garde-corps d’où se prend la photo classique de la ville
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Toutes les villes ont un belvédère ; rares sont celles qui en ont un qui fasse office d’explication. La montée au mont Aksla jusqu’à la terrasse de Fjellstua est le parcours qui transforme Ålesund de carte postale en carte tout court : en haut, les îles et péninsules de pierre sur lesquelles la ville s’appuie apparaissent d’un seul coup, et avec elles la logique de l’incendie qui, en 1904, l’effaça presque entièrement. L’histoire secrète de Fjellstua commence bien avant les marches, en 1885, lorsque la municipalité traça le Byparken sur le versant occidental et que la société civique Ålesund Byselskap entreprit de tailler un chemin vers le sommet.
Ce sont 418 marches, une quinzaine d’années de travail pour les ouvrir et un dénivelé qui se fait sentir ; il existe aussi une route — le Borgundfjordveien et le Fjelltunnelen — jusqu’au parking voisin de Fjellstua, avec le petit train touristique Bytoget qui monte les visiteurs quand le temps le permet et une restriction des véhicules lourds depuis 2025 pour des raisons de sécurité. Mais que voir au belvédère de Fjellstua ne se résume pas à la vue finale : l’ascension enchaîne une statue viking, un palier doté d’un nom propre et un surplomb sur le vide, et l’audioguide d’EarGuide accompagne cette montée arrêt après arrêt.
Le Viking qui fonda la Normandie
Byparken
La première étape ne monte même pas : elle se prend au Byparken, devant une figure de bronze de 2,65 mètres plantée entre les arbres. C’est Gange-Rolv, Rollon, fils de Ragnvald, jarl de Møre, et l’homme qui, vers 911, devint le premier seigneur de Normandie après le pacte conclu avec le roi franc Charles le Simple et scellé à Saint-Clair-sur-Epte. Son arrière-arrière-petit-fils fut Guillaume le Conquérant, qui prit l’Angleterre en 1066 : de cette figure part aussi la lignée de la maison royale anglaise.
La statue n’est pas originaire d’ici. C’est une copie en bronze de celle de Rouen, don de cette ville normande à Ålesund pour le millénaire de la fondation de la Normandie, dévoilée en septembre 1911. Il n’existe que trois pièces de cette taille au monde : celle de Rouen, celle d’Ålesund et celle de Fargo, aux États-Unis.
La revendication locale soutient que Rollon venait des mêmes îles que l’on distingue depuis le belvédère — certaines versions disent Giske, d’autres la voisine Vigra —, et c’est là que commence une querelle qui dure depuis plus d’un siècle : depuis Dudon de Saint-Quentin, vers 1020, la tradition danoise le réclamait danois, tandis que l’historiographie norvégienne, française et britannique penche aujourd’hui pour une origine norvégienne. Ålesund n’a pas attendu le verdict et a planté sa statue. Comment tient chaque version, et pourquoi la ville a décidé de ne pas attendre, c’est ce que la narration décortique au pied du bronze, juste là où commence l’escalier.
L’escalier qui coûta quinze ans
Byrampen
La deuxième étape attend à mi-pente, sur la plateforme de Byrampen, et arrive au moment précis où les jambes remercient pour un prétexte à s’arrêter. D’ici, la ville apparaît déjà étalée en contrebas et l’effort commence à prendre sens. Les 418 marches que l’on foule furent une initiative de l’Ålesund Byselskap lancée en 1885, et ouvrir le chemin sur le flanc du mont demanda une quinzaine d’années de travail.
Toutes les marches ne sont pas celles qu’ont foulées les premières générations. Entre 2014 et 2016, le vieil escalier de pierre naturelle, usé et dangereux par endroits, fut rénové en remplaçant une partie de la pierre par du béton, et la décision fit grincer des dents : certains l’ont vécue comme la perte du chemin de toujours, d’autres l’ont acceptée comme le moindre mal pour continuer à monter en sécurité. Byrampen, la plateforme-belvédère où se fait cette halte, est précisément née de cette rénovation et s’est aussitôt imposée comme le coin des photos.
Il vaut la peine de regarder vers le haut avant de poursuivre. Le mont s’élève entre quelque 180 et 195 mètres selon le point mesuré, et la terrasse de Fjellstua se situe vers 130 : il reste de l’escalier. Ce que l’on a gagné et perdu avec le béton, et comment sonne cette petite querelle de voisinage racontée par ceux qui l’ont vécue, est la matière que l’audioguide déploie sur ce palier.
Ålesund tout entière depuis la terrasse
Fjellstua
La troisième étape est la récompense. Depuis la terrasse enveloppante de Fjellstua, la vue s’ouvre sur près de 270 degrés : à l’est et au sud, la muraille dentelée et enneigée des Alpes de Sunnmøre ; à l’ouest et au nord, l’archipel s’égrenant vers le large. On compte environ 200 sommets, dont quelque 80 dépassent les 1 000 mètres, et par temps clair on distingue jusqu’à 14 communes de Sunnmøre.
Le pavillon qui sert le café a sa propre histoire, et elle n’est pas mince. Fjellstua est le plus ancien restaurant d’Ålesund : un maître cordonnier l’éleva en bois en 1903, tout juste un an avant le grand incendie. À l’aube du 23 janvier 1904, tandis que la ville de bois brûlait entièrement à ses pieds, le pavillon fut sauvé parce qu’il se tenait en haut du mont, loin du feu. L’ironie arriva trente ans plus tard : en 1934, ce fut Fjellstua lui-même qui brûla, et il fallut le reconstruire.
Savoir cela change le goût du svele que l’on prend sur la terrasse. Ce belvédère était ici, debout, à regarder brûler la ville entière avant de brûler tout seul. Ce que l’on vit cette nuit-là depuis ce point exact, et comment s’en souvinrent ceux qui étaient en haut, c’est ce dont s’occupe la narration pendant que la vue fait le reste.
Le fil au-dessus des îles de pierre
Kniven
La dernière étape s’écarte un peu de la terrasse, jusqu’à Kniven, l’éperon rocheux muni d’un garde-corps qui surplombe à la verticale les toits et l’eau. C’est le point de la photo classique d’Ålesund, mais aussi le meilleur endroit pour comprendre la ville comme forme. Depuis le fil, le tissu urbain se lit sans effort : des îles et des péninsules étroites de pierre — Aspøya, Nørvøya, Hessa — serrées entre les fjords et l’Atlantique, avec l’eau qui entre de partout.
Cette géométrie est l’explication du désastre. Une ville de bois comprimée sur des bandes de roche, avec les maisons collées les unes aux autres et le vent de sud-ouest soufflant le long de ces couloirs, avait peu de défenses : le feu né à Aspøya à l’aube du 23 janvier 1904 parcourut en une quinzaine d’heures presque tout le centre, brûla près de 850 maisons et n’en laissa debout qu’environ 230.
Ce que l’on contemple en bas est donc la ville d’après : l’Ålesund de pierre et d’Art nouveau élevée sur les cendres, avec sa trame régulière et ses façades du même âge. Voir le plan complet depuis ici et y reconnaître à la fois la catastrophe et la réponse est la conclusion naturelle de l’ascension, et le moment où l’audioguide d’EarGuide relie ce belvédère à tout ce qui attend en bas.