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Sanctuaire du Pilier de la Ville

Photo: PEAK99, CC BY-SA 4.0

Sanctuaire fondateur

Audioguide Sanctuaire du Pilier de la Ville (San Lak Mueang)

Bangkok · 4 étapes · 20 min

Avant le Grand Palais, avant tout temple, Bangkok fut un poteau de bois planté en terre à l'heure dictée par les astrologues. Ce poteau est toujours là, et il a un jumeau à ses côtés.

  • 20 min d'audio
  • Culte vivant

Face au Grand Palais, encastré dans l'enceinte du ministère de la Défense, un petit pavillon couronné d'un prang garde l'origine exacte de la capitale thaïlandaise. Le roi Rama Ier y fit dresser le pilier fondateur le 21 avril 1782, l'année même où il transféra la capitale de Thonburi, et ce fut la première construction de Bangkok. Soixante-dix ans plus tard, le roi Mongkut planta un second pilier et refit l'édifice à l'image du sanctuaire du pilier d'Ayutthaya. Aujourd'hui, les deux se dressent côte à côte, chacun avec un horoscope de la ville à l'intérieur.

L'histoire du Sanctuaire du Pilier de la Ville est faite d'astrologie. Selon une tradition documentée, quatre serpents se glissèrent dans le trou à l'instant où le pilier descendait et furent enterrés avec lui, et les astrologues de la cour y lurent un mauvais présage. Loin d'être une relique muette, le sanctuaire continue de fonctionner comme le centre spirituel de la capitale : feuilles d'or, lampes à huile, soies de trois couleurs et danses commandées par ceux dont un vœu a été exaucé.

À voir

  • Pilier de 1782 — Tronc de chaiyaphruek, l'arbre de la victoire, à sommet en bouton de lotus et long de 4,75 m
  • Pilier de Mongkut — Âme de teck, sommet en mandapa et un nouvel horoscope de Bangkok à l'intérieur
  • Pavillon du prang — Refait par Mongkut sur le modèle d'Ayutthaya et achevé en 1853
  • Cinq divinités gardiennes — Dont un cavalier sur une chouette et l'esprit de la tour des tambours
  • Danses d'offrande — Danseuses et musiciens payés par les fidèles pour remercier d'un vœu exaucé

Bangkok a une date et une heure de naissance. Le dimanche 21 avril 1782, année bouddhique 2325, à 6 h 54 du matin selon les sources thaïlandaises et la plupart des guides (certaines sources anglo-saxonnes donnent 6 h 45), le roi Rama Ier fit planter en terre le pilier fondateur de la nouvelle capitale. Rien n’avait encore été élevé : ni le Grand Palais, ni les temples, ni les murailles. Le Sanctuaire du Pilier de la Ville fut la première construction de Bangkok, et tout le reste a grandi autour.

L’histoire du Sanctuaire du Pilier de la Ville est celle d’un destin calculé par des astrologues et corrigé par un roi. En 1852, Mongkut (Rama IV) remplaça le pilier d’origine par un nouveau et refit le pavillon en maçonnerie couronnée d’un prang, achevé le dimanche 1er mai 1853. En 1982, à l’occasion du bicentenaire de Rattanakosin, le roi Bhumibol (Rama IX) ordonna une restauration qui se prolongea jusqu’en 1986 : le pilier d’origine fut placé près de celui de Mongkut et l’on ajouta le sanctuaire des cinq divinités gardiennes et une salle d’images du Bouddha. La croyance populaire a ajouté à cette chronologie une prophétie : la légende raconte que le mauvais présage de la fondation annonçait une dynastie de 150 ans, et que le délai s’accomplit le 24 juin 1932, quand une révolution mit fin à la monarchie absolue.

Savoir que voir au Sanctuaire du Pilier de la Ville exige de lire un petit espace très dense : deux sommets différents, cinq dieux délogés de leurs chapelles et un rituel qui ne s’arrête pas. L’architecture du Sanctuaire du Pilier de la Ville, avec son prang d’inspiration ayutthayenne, n’est que l’enveloppe ; le parcours avec l’audioguide va étape par étape de l’entrée à la salle des danses.

Le sanctuaire est à côté du Grand Palais, la citadelle née avec lui en 1782, et à une courte promenade du Wat Pho.

Le premier clou de Bangkok, avant le palais

Bangkok City Pillar Shrine

Résumé de cette étape

La visite commence à l’entrée, face au Grand Palais, à un carrefour d’où l’on voit l’angle sud-est de Sanam Luang et le bâtiment du ministère de la Défense. Le sanctuaire se trouve dans son enceinte : le ministère en eut la tutelle dès 1937 et, depuis 1948, la garde revient à l’Organisation des vétérans de guerre de Thaïlande. L’échelle déconcerte. C’est un recoin qui se parcourt en quelques pas, et pourtant ce fut la première chose élevée de la capitale, avant le palais qui lui fait face.

Le contraste entre la taille du sanctuaire et le poids de ce qu’il représente est le point de départ. Rama Ier fixa ici le cœur rituel de la ville l’année même où il quitta Thonburi, lors d’une cérémonie réglée à la minute par les astrologues de la cour.

Cette précision n’empêcha pas qu’un incident survienne. Selon une tradition documentée, quand le pilier commençait à descendre vers le trou à l’heure propice, quatre petits serpents se glissèrent jusqu’au fond ; le pilier descendit quand même et ils furent enterrés avec lui. Les astrologues y virent un mauvais présage. Ce que cet augure finit par signifier pour la ville est l’histoire par laquelle la narration ouvre le parcours.

Deux piliers et le thème astral de la ville

Chambre des deux piliers

Résumé de cette étape

Sous le prang, dans la chambre centrale, les deux piliers fondateurs de Bangkok se dressent côte à côte, enveloppés d’offrandes. Celui de 1782 est un tronc de chaiyaphruek, la casse de Java connue comme « arbre de la victoire », revêtu à l’extérieur de bois de santal selon le site officiel et les sources thaïlandaises, et terminé en bouton de lotus. Il mesure 187 pouces, soit environ 4,75 mètres : 108 dépassent du sol et 79 furent enterrés. Sa partie haute fut évidée pour loger l’horoscope de la ville, le duang mueang.

À côté se trouve le pilier de Mongkut, de 1852 : une âme de teck doublée de six plaques de chaiyaphruek et un sommet en forme de mandapa qui garde un nouvel horoscope de Bangkok. Chaque pilier est, littéralement, la boîte d’un destin. Les mesures du second varient selon la source, de même que le moment où les deux furent réunis : le site officiel du sanctuaire place la réunion lors de la restauration de 1982.

La raison officielle du second pilier est que le premier était détérioré. Mais une autre explication circule, d’histoire discutée : Mongkut aurait calculé son propre horoscope et vu qu’il heurtait l’ascendant de celui de la ville, de sorte qu’il planta un pilier neuf avec un nouveau thème astral pour refaire le destin fixé en 1782. À cette même tradition est associée la création de Phra Siam Thewathirat, la divinité suprême protectrice du royaume. Comment distinguer les deux sommets et ce qui sépare la version officielle de la version astrologique, la chambre le détaille.

Cinq gardiens sans maison dans les rues neuves

Sanctuaire des cinq divinités

Résumé de cette étape

Dans un pavillon annexe, ajouté lors de la restauration de 1982-1986, sont réunies les images de cinq divinités gardiennes de Bangkok : Phra Suea Mueang, Phra Song Mueang, Phra Kan Chaisi, Chao Chetkhup et Chao Ho Klong. Chacune eut sa propre chapelle, jusqu’à ce que la ville moderne les démolisse pour élever des bâtiments officiels et ouvrir des rues. Leurs dieux finirent ici, près du pilier.

Selon la coutume locale, Phra Kan Chaisi monte une chouette, et Chao Pho Ho Klong est l’esprit de la tour des tambours. Cette tour, de trois étages, fut élevée par Rama Ier avec un tambour à chaque niveau : l’un marquait l’aube et la tombée de la nuit, un autre donnait l’alarme d’incendie et le troisième, prévu pour avertir d’une attaque ennemie, ne fut jamais utilisé. Rama V la fit démolir ; les tambours finirent dans l’actuel Musée national et son esprit gardien, selon la tradition, fut transféré dans ce sanctuaire.

L’histoire de la tour garde un détail domestique que la tradition rapporte volontiers : des fonctionnaires très particuliers qui surveillaient les cordes des tambours. Qui ils étaient et de quoi ils protégeaient la tour fait partie de ce que raconte la narration devant les cinq gardiens.

Feuilles d’or et danses pour des vœux exaucés

Réplique du pilier

Résumé de cette étape

À côté de la chambre des piliers se dresse une réplique du pilier, le point où le culte devient tactile. Le circuit des offrandes comprend une fleur de lotus dans la salle du Bouddha, des feuilles d’or collées sur la réplique, une soie de trois couleurs nouée autour sans séparer les pièces et de l’huile pour la lampe du jour de naissance de chaque fidèle.

Dans une salle contiguë, danseuses et musiciens interprètent des danses traditionnelles thaïlandaises. Ce n’est pas un spectacle pour touristes : elles sont commandées aux responsables du sanctuaire par celui dont un vœu a été exaucé, comme offrande de remerciement (kae bon) aux divinités.

Le sanctuaire ouvre tous les jours de 6 h 30 à 18 h 30 et ne ferme pas de toute la nuit le soir de la Saint-Sylvestre, au Nouvel An et au Nouvel An chinois. Chaque 21 avril, il célèbre l’anniversaire de la fondation du pilier par des cérémonies de tradition brahmanique. L’ordre du rituel et ce que signifie chaque geste, c’est ce que l’audioguide explique à cette dernière étape.

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