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Metropol Parasol

Photo: Benjamin Smith, CC BY-SA 4.0

Architecture contemporaine

Audioguide Metropol Parasol (Setas de Sevilla)

Séville · 4 étapes · 30 min

Six parasols de bois de 26 mètres de haut couvrent la plaza de la Encarnación comme une forêt sans feuilles : dessous, un marché d'approvisionnement et des maisons romaines et almohades à quelques mètres de la rue ; dessus, une passerelle qui serpente au-dessus des toits jusqu'à se planter face à la Giralda. Ce qui ressemble à un vaisseau posé dans le centre ancien est la dernière couche d'un terrain qui fut couvent, marché et parking, et qui faillit ne jamais exister.

  • 30 min d'audio
  • Belvédère sur le centre ancien

Le projet Metropol Parasol est né en 2004, quand l'architecte berlinois Jürgen Mayer remporta, parmi 65 propositions, le concours international d'idées pour réhabiliter la plaza de la Encarnación. Les travaux commencèrent le 26 juin 2005 avec un budget de 50 millions d'euros et la promesse d'une fin en 2007 ; l'inauguration eut lieu le 27 mars 2011, après des découvertes archéologiques qui gelèrent l'excavation et un rapport du bureau d'ingénierie Arup déclarant la structure irréalisable telle qu'elle était conçue. Le coût final avoisina les 100 millions. Le résultat est une trame de bois microlamellé de 150 mètres de long et 70 de large, posée sur six piliers et protégée du soleil sévillan par une peau de polyuréthane de deux ou trois millimètres.

Le terrain compte quatre niveaux, et chacun est une époque. Sous terre, l'Antiquarium conserve plus de 4 500 m² de maisons romaines du Ier siècle et de vestiges islamiques du XIIe siècle, avec la mosaïque des amours de Neptune comme pièce maîtresse. Au niveau de la rue subsiste le marché d'approvisionnement, héritier de celui qui occupa la place du XIXe siècle jusqu'à sa démolition en 1973. Et au-dessus, deux niveaux de terrasses et une passerelle ondulée. Même le nom a son histoire : la ville a appelé le projet « Setas » (les champignons) dès le premier jour et, dit-on, en 2013 le surnom est passé sur l'enseigne officielle parce que le nom sérieux était déposé comme marque.

À voir

  • Six parasols — 150 x 70 mètres de bois microlamellé sur six piliers, à 26 mètres de haut
  • Antiquarium — Maisons romaines du Ier siècle et vestiges almohades sous la place : plus de 4 500 m² visitables
  • Mosaïque de Neptune — Les amours du dieu de la mer, la pièce qui arrêta un chantier de 50 millions
  • Plus de 3 000 nœuds — Des barres d'acier collées qu'un rapport de 2007 mit en doute
  • Passerelle et belvédère — La promenade ondulée au-dessus des cimes, avec la Giralda en face

Le Metropol Parasol de Séville, connu des Sévillans sous le nom de « Setas de Sevilla », couvre la plaza de la Encarnación de six parasols de bois microlamellé d’environ 26 mètres de haut, 150 de long et 70 de large, posés sur six piliers qui s’évasent vers le haut comme des troncs. Le projet est signé de l’architecte berlinois Jürgen Mayer, lauréat en 2004 d’un concours international d’idées auquel se présentèrent 65 propositions. Les travaux commencèrent le 26 juin 2005, pour un coût estimé à 50 millions d’euros et une fin prévue en juin 2007 ; l’inauguration officielle eut lieu le 27 mars 2011, même si certaines références donnent le chantier pour achevé en avril, et la facture avait triplé pour atteindre environ 100 millions. Entre-temps, une excavation avait mis au jour des maisons romaines et un rapport du bureau d’ingénierie Arup, de mai 2007, avait déclaré la structure techniquement irréalisable telle qu’elle était conçue.

L’histoire du Metropol Parasol de Séville commence bien avant le béton et le bois. La place tire son nom du couvent de la Encarnación, de l’ordre de Saint-Augustin, démoli pendant l’invasion française au début du XIXe siècle pour dégager l’espace. En son centre s’éleva au XIXe siècle un marché d’approvisionnement, amputé en 1948 et démoli en 1973 pour cause de ruine ; pendant plus de trente ans, le terrain fut un parking en surface et un dépôt d’autobus. Ce que l’on voit aujourd’hui est la dernière couche de ce palimpseste, avec quatre niveaux qui sont quatre époques : l’Antiquarium sous terre, le marché au niveau de la rue et deux étages de terrasses panoramiques au-dessus.

L’architecture du Metropol Parasol de Séville est une trame orthogonale de pièces de bois Kerto-Q de 1,50 mètre sur 1,50, assemblées en plus de 3 000 nœuds par des barres d’acier collées et protégées par un revêtement de polyuréthane de deux à trois millimètres. On la présente comme la plus grande structure en bois du monde, une étiquette plus commerciale qu’un record homologué. Que voir au Metropol Parasol de Séville s’organise en quatre étapes, de l’escalier sud au balcon face à la Giralda en passant par le site archéologique et la passerelle, dans un parcours qui descend au sous-sol et monte jusqu’au belvédère sans revenir sur ses pas, et qui prend tout son sens écouté sur place avec l’audioguide. D’avril à octobre, en outre, le bois change de peau à la tombée de la nuit avec le spectacle de lumières « Aurora », de 21 h 30 à une heure du matin.

À une dizaine de minutes à pied vers le sud attend la Cathédrale de Séville, dont le gothique dialogue avec ce bois du XXIe siècle. L’autre grand belvédère de la ville, médiéval celui-là, est la Torre del Oro, au bord du fleuve.

Un terrain aux quatre vies avant les champignons

Plaza de la Encarnación

Résumé de cette étape

Au pied de l’escalier sud, le premier regard part vers le haut, vers le maillage de bois et les piliers qui s’ouvrent comme des pieds de champignon. Mais le sol que foule le visiteur a une biographie plus longue que la structure qui le couvre. Ici s’élevait le couvent de la Encarnación, de l’ordre de Saint-Augustin, jusqu’à ce que l’invasion française le démolisse au début du XIXe siècle pour dégager la place qui porte aujourd’hui son nom. Dans le vide fut bâti un marché d’approvisionnement du XIXe siècle, dont le tiers méridional fut amputé en 1948 et qui fut démoli entièrement en 1973 pour cause de ruine.

Ce qui suivit fut le néant : plus de trente ans de parking en surface et de dépôt d’autobus en plein centre ancien, le terrain vague le plus célèbre de Séville. L’édifice qui le remplit s’organise en quatre niveaux, comme les strates d’une fouille à l’envers : l’Antiquarium sous terre (niveau 0), le marché au niveau de la rue (niveau 1) et, au-dessus, deux niveaux de terrasses panoramiques.

La place à peine inaugurée connut aussi une vie politique fulgurante. En mai 2011, à peine deux mois après l’inauguration, le campement sévillan du mouvement 15-M s’installa sous les cimes et rebaptisa le lieu « Plaza 15 de mayo » : de là partirent des marches de plus de 20 000 personnes à la fin du mois, et en juin une autre s’acheva en ce même point, par 36 degrés, avec des parapluies chargés de slogans en guise d’ombre. Comment une icône touristique tout juste inaugurée devint en quelques semaines la maison des indignés, c’est l’épisode qui ouvre la narration sous les cimes.

Des maisons du Ier siècle sous l’étal de poisson

Antiquarium

Résumé de cette étape

Quelques mètres sous le marché, l’Antiquarium conserve ce qui arrêta le chantier. Quand les machines commencèrent à excaver le terrain en 2005, avec 50 millions de budget et une livraison prévue en juin 2007, des ruines romaines et andalouses apparurent et le projet fut gelé. La découverte, au lieu d’être effacée, devint le cœur de l’édifice : un site de plus de 4 500 m², le plus grand visitable de Séville, que l’on parcourt par des passerelles surélevées au-dessus de murs, de pavements et de restes de maisons.

L’arc temporel est énorme pour un seul sous-sol. Les maisons les plus anciennes sont romaines, du Ier siècle apr. J.-C., avec leurs sols de mosaïque ; les vestiges les plus tardifs sont islamiques, du XIIe siècle, de la Séville almohade. Douze siècles de vie domestique superposés, à quelques mètres sous les étals du marché.

La pièce qui concentre les regards est la mosaïque des amours de Neptune, le principal attrait du musée. Quelles scènes composent ce pavement et quelle histoire garde la maison dont il provenait, la narration le déroule devant lui.

Le bois qu’un rapport déclara impossible

Passerelle sur les parasols

Résumé de cette étape

Au-dessus des parasols, la passerelle permet de fouler la structure elle-même : une trame orthogonale de pièces de bois microlamellé Kerto-Q de 1,50 mètre sur 1,50, assemblées en plus de 3 000 nœuds par des barres d’acier collées, un système conçu par Arup et Finnforest Merk. Comme le bois reste exposé aux intempéries sous le soleil sévillan, toute la surface est recouverte d’un polyuréthane de deux à trois millimètres qui empêche l’eau d’entrer mais laisse respirer la vapeur : cette peau claire et continue est ce que le visiteur touche.

Cette forêt faillit ne pas tenir debout. En mai 2007, le bureau d’ingénierie Arup communiqua à la municipalité que la structure, telle qu’elle était conçue, était techniquement irréalisable ; la solution avec renfort collé ne fut mise au point qu’au début de 2009. Selon ce qui a été documenté, le gouvernement municipal d’Alfredo Sánchez Monteseirín ne rendit pas public ce rapport avant deux ans. Et en 2010, le chantier avancé à environ 80 %, le candidat à la mairie d’alors, Juan Ignacio Zoido, proposa de renoncer à la couverture de bois et à quatre des six champignons pour économiser 20 millions d’euros et ouvrir plus tôt.

Au final, il y en eut six, mais en retard et à un prix triple de celui prévu : environ 100 millions d’euros au moment de l’inauguration, le 27 mars 2011, un chiffre qui alimenta une longue polémique dans la ville. Ce qui clochait exactement dans la conception d’origine et comment on le résolut nœud par nœud, c’est ce que la narration raconte sur le bois lui-même.

Un surnom de la rue devenu enseigne

Balcon panoramique de la passerelle

Résumé de cette étape

La passerelle serpente jusqu’à un balcon panoramique, avec la Giralda en face et les toits du centre ancien alentour. D’ici se comprend l’échelle de l’ensemble, 150 mètres de long sur 70 de large et environ 26 de haut, ainsi que sa logique : la forme imaginée par Jürgen Mayer en 2004, lauréate parmi 65 projets, a deux modèles sévillans tout proches. L’un est les voûtes de la cathédrale que l’on voit au fond ; l’autre, les énormes ficus macrophylla de la plaza del Cristo de Burgos, au coin de la rue, dont l’ombre fonctionne comme celle de ces cimes.

Ce qui ressemblait à un vaisseau spatial atterri au centre se révèle, vu d’en haut, un hommage à la ville qui l’entoure. Et la ville répondit à sa façon : le nom officiel était Metropol Parasol, mais les Sévillans le rebaptisèrent aussitôt « Las Setas ». Selon ce que l’on raconte, l’architecte avait déposé le nom du projet comme marque et aurait perçu des droits pour son usage, si bien qu’en 2013 la mairie choisit d’officialiser le surnom populaire et d’inscrire sur l’ouvrage « Setas de Sevilla ».

Il est rare qu’un nom né dans la rue finisse sur le panneau officiel d’un monument. Pourquoi cela arriva ici, et ce que des voûtes gothiques et des ficus centenaires ont à voir avec la silhouette la plus photographiée de la Séville moderne, c’est ce que la narration conclut face à la Giralda.

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