Langue

Villes

Vieux Quartier de Hanoi

Photo: Richard Mortel from Riyadh, Saudi Arabia, CC BY 2.0

Quartier historique

Audioguide Vieux Quartier de Hanoi (Phố cổ Hà Nội)

Hanoi · 5 étapes · 90 min

Les « 36 rues » de Hanoi forment une carte des métiers vieille de près de mille ans : chaque rue porte encore le nom de la marchandise qui l'a peuplée, de l'argent de Hàng Bạc au papier votif de Hàng Mã. Entre les motos et les vitrines résiste la dernière porte de l'ancienne enceinte, et dans un temple de quartier, un cheval blanc à qui la légende attribue le tracé de la ville.

  • 90 min d'audio
  • Rues nommées d'après les métiers

Le Vieux Quartier de Hanoi s'est formé entre le XIe et le XIVe siècle, sous les dynasties Lý et Trần, entre la citadelle impériale de Thăng Long et la rive du fleuve Rouge. Les artisans des villages de métier se regroupaient en corporations pour vendre aux marchands, d'où la plupart des noms de rues en « Hàng », marchandise, suivi du produit : Hàng Tre, celle du bambou ; Hàng Đồng, celle du cuivre. Ses maisons-tubes, étroites, avec la boutique en façade, ont été élevées surtout aux XVIIIe et XIXe siècles.

Les « 36 rues » n'ont jamais été 36. L'expression est une formule traditionnelle, pas un décompte : le Vieux Quartier officiel, délimité en 1995 par le ministère de la Construction, couvre environ 100 hectares et 76 rues. Et sous l'agitation des boutiques se cachent des épisodes plus grands que le quartier lui-même, comme la salle à manger de Hàng Ngang où fut rédigé en 1945 le brouillon de la Déclaration d'indépendance du Vietnam.

À voir

  • Porte Ô Quan Chưởng — La dernière porte de l'enceinte de 1749, sauvée de la démolition en 1906
  • Marché Đồng Xuân — Cinq nefs de 52 mètres bâties par les Français en 1890 sur un fleuve comblé
  • Hàng Mã — De l'or de papier pour les morts aux lanternes de la fête de la mi-automne
  • Temple Bạch Mã — Le cheval blanc qui, selon la légende, a tracé l'enceinte de Thăng Long
  • Hàng Bạc et đình Kim Ngân — La rue de l'argent et la maison communale de ses orfèvres, vieille de cinq siècles

À Hanoi, le Vieux Quartier (Phố cổ Hà Nội), connu sous le nom des « 36 rues » (36 phố phường), est l’ancien quartier marchand qui s’est développé à l’est de la citadelle impériale de Thăng Long, jusqu’à la rive du fleuve Rouge. Ses racines plongent dans les dynasties Lý et Trần, entre le XIe et le XIVe siècle, et au début de la dynastie Lê le lettré Nguyễn Trãi nommait déjà dans son Dư địa chí plusieurs de ses corporations de métier. Cet ordre reste écrit sur les plaques : presque toutes les rues commencent par « Hàng », marchandise, suivi de ce qu’on y vendait. Le chiffre de 36, lui, est une formule et non un décompte : le Vieux Quartier officiel, délimité par le ministère de la Construction le 30 mars 1995, couvre environ 100 hectares et 76 rues.

L’histoire du Vieux Quartier de Hanoi ne tient pas dans ses vitrines. En mars 1907, à l’étage du numéro 4 de Hàng Đào, la rue de la soie, Phan Chu Trinh, Lương Văn Can, Phan Bội Châu et Tăng Bạt Hổ ouvrirent une école gratuite, le Đông Kinh Nghĩa Thục, où l’on enseignait l’histoire et la géographie du pays, les mathématiques, le chinois classique, le français et l’alphabet quốc ngữ, avec une classe de filles ; en novembre de la même année, les Français l’obligèrent à fermer. Tout près, au numéro 48 de Hàng Ngang, la maison de la famille de l’homme d’affaires Trịnh Văn Bô accueillit Hồ Chí Minh en août 1945 : sur une petite table recouverte de cuir vert de sa salle à manger fut écrit le brouillon de la Déclaration d’indépendance qu’il lirait le 2 septembre à Ba Đình. Cette même rue fut au XIXe siècle celle des marchands cantonais, et l’on dit que son nom, Hàng Ngang, rappelle les portails posés en travers qui la fermaient la nuit, même si l’origine est discutée.

L’architecture du Vieux Quartier de Hanoi est celle de la maison-tube (nhà ống) : façades étroites, toit de tuiles incliné et boutique ouverte sur la rue, élevées aux XVIIIe et XIXe siècles, quand presque tout le quartier était couvert de chaume, sauf les maisons riches et celles des marchands chinois. Celle du numéro 87 de Mã Mây, maison de marchand du XIXe siècle ouverte au public, conserve sa succession de pièces et de cours et son bois sombre sculpté. Beaucoup d’autres ont disparu depuis la fin du XXe siècle, et le repeint des façades en jaune pour le Millénaire de 2010 a été critiqué pour son exécution négligée. Que voir dans le Vieux Quartier de Hanoi s’organise en cinq étapes, de la dernière porte de l’enceinte à la rue de l’argent, en passant par le marché Đồng Xuân, les lanternes de Hàng Mã et le temple du Cheval blanc, et prend tout son sens avec l’audioguide.

Au sud, le quartier débouche sur le lac Hoan Kiem, et à l’ouest, à un peu plus d’un kilomètre, la Citadelle impériale de Thang Long garde l’enceinte du pouvoir près de laquelle le quartier a grandi.

Une porte de 1749 sauvée de justesse

Ô Quan Chưởng

Résumé de cette étape

Du côté du fleuve Rouge se dresse Ô Quan Chưởng, une porte à deux niveaux de style vọng lâu : en bas, trois baies voûtées, la centrale haute et large d’environ trois mètres, avec son grand battant de bois ; en haut, un pavillon à quatre pans avec balustrade. Elle fut construite en 1749 sous le nom, en caractères chinois, de Đông Hà Môn, d’après l’ancien quartier de Đông Hà, dans l’enceinte de terre de 16 kilomètres que le seigneur Trịnh Doanh refit cette année-là pour protéger la capitale du côté du fleuve Rouge. Combien de portes comptait cette enceinte est un sujet de débat : les textes géographiques de l’époque Minh Mạng en mentionnent 21 et André Masson, à partir des archives, en comptait 16.

Son nom actuel rappelle un homme. Le Chưởng Cơ, officier subalterne des Nguyễn originaire de Bắc Ninh, tint tête avec une centaine de soldats au premier assaut français contre la citadelle de Hanoi, en 1873, qui entra précisément par cette porte. Huit ans plus tard, le gouverneur Hoàng Diệu fit graver une stèle, encore encastrée dans le mur gauche de la baie centrale, qui interdit aux gardes de rançonner ceux qui passent : la « Thân cấm khử tệ », datée de la 34e année du règne de Tự Đức, 1881.

Quand les Français refirent la ville à l’européenne, les portes de l’enceinte tombèrent l’une après l’autre. Ô Quan Chưởng faillit être abattue en 1906, et c’est aujourd’hui la seule conservée presque intacte. Qui est intervenu pour la sauver et ce que raconte cette stèle sur la vie à la frontière de la ville, la narration le révèle sous l’arche.

Deux marchés fondus sur un fleuve disparu

Chợ Đồng Xuân

Résumé de cette étape

À l’extrémité nord du quartier, le marché Đồng Xuân occupe un paysage qui n’existe plus. En 1889, quand furent comblés les derniers vestiges du fleuve Tô Lịch et du lac Thái Cực, les Français supprimèrent les deux marchés qui se tenaient près de la pagode Cầu Đông et du temple Bạch Mã et les réunirent ici. En 1890 ils commencèrent un grand bâtiment à cinq arcs d’entrée et cinq nefs de 52 mètres de long et 19 de haut, dont le marché actuel est l’héritier.

Les blessures vinrent après. Quand éclata la Résistance contre la France, en décembre 1946, les habitants et les combattants du Vệ quốc quân percèrent les murs mitoyens de maison en maison pour parcourir une rue de bout en bout sans la fouler, et en février 1947 le marché fut le théâtre de combats acharnés. Vers 1990, le bâtiment avait été refait avec trois nefs de trois étages ; dans la nuit du 14 juillet 1994, un incendie ravagea presque tous ses étals et ne fut complètement éteint que le 19 juillet, le plus grand incendie de marché de Hanoi.

Aujourd’hui le rez-de-chaussée vend vêtements et électronique, et l’intérieur fonctionne surtout comme marché de gros. Ce qu’il reste sous ses nefs du fleuve et des marchés effacés par la ville coloniale, la narration le dévoile devant sa façade.

La rue qui vendait de l’or pour l’au-delà

Hàng Mã

Résumé de cette étape

À Hàng Mã, le nom de la rue se vérifie à la lettre. On y vendait autrefois des objets votifs en papier à brûler en offrande aux morts : billets et or « de l’au-delà », figurines de mandarins, maisons entières en papier. Aujourd’hui ses vitrines se couvrent de lanternes, d’étoiles đèn ông sao, de masques en papier mâché et de figurines tò he, et débordent dans les semaines qui précèdent le Tết Trung Thu, la fête de la mi-automne, et le Nouvel An lunaire.

La rue est aussi le meilleur endroit pour comprendre comment fonctionnait le quartier entier. Les artisans des villages de métier qui entouraient la ville se regroupaient en corporations pour vendre aux marchands, et chaque rue prit le nom de sa marchandise : « Hàng » plus le produit. Ses maisons-tubes, avec la boutique en façade et le logement derrière, mêlent des fronts de toit de tuiles à des immeubles neufs de plusieurs étages qui trahissent l’absence de nombreuses maisons anciennes.

Comment une rue dédiée aux morts a fini par se remplir de jouets pour enfants, la narration le raconte à l’entrée de Hàng Mã.

Un cheval blanc à l’origine de la ville

Đền Bạch Mã

Résumé de cette étape

À Hàng Buồm se cache le temple Bạch Mã, celui du Cheval blanc : trois nefs parallèles aux toits en carapace de crabe, des stèles de pierre, un puits ancien au fond et, à l’intérieur, un grand cheval blanc en bois. C’est le sanctuaire de Long Đỗ, l’ancien dieu protecteur de la citadelle, et son histoire est celle de tout le quartier, né il y a presque mille ans à l’ombre de Thăng Long.

Selon une tradition documentée, quand Lý Thái Tổ transféra la capitale à Thăng Long en 1010, les murailles qu’il faisait élever s’effondraient sans cesse. Le roi fit prier dans le sanctuaire de Long Đỗ, d’où sortit un cheval blanc ; en suivant les traces de ses sabots, on traça l’enceinte, qui ne s’écroula plus. Long Đỗ fut nommé dieu tutélaire de la capitale. La légende a même un précédent vieux de plusieurs siècles, avec un gouverneur Tang et des talismans de bronze.

Le temple fut aussi la première étape d’un rite de printemps, le Tiến xuân ngưu : mandarins et habitants amenaient jusqu’ici une statue de buffle en terre, entre pétards et quelques coups de branches de mûrier, avant de la promener jusqu’au palais royal ; le rite a été en partie rétabli. Ce qui arriva cette nuit d’orage aux talismans du gouverneur, la narration le révèle devant le temple.

Orfèvres de village et un patron pour tous

Đình Kim Ngân

Résumé de cette étape

Hàng Bạc, « celle de l’argent », est une rangée continue de bijouteries d’or et d’argent. Son origine remonte au XVe siècle, quand, sous le roi Lê Thánh Tông, le mandarin Lưu Xuân Tín, ministre du Personnel, fit venir à Thăng Long les orfèvres du village de Châu Khê, dans le Hải Dương, pour fondre des lingots d’argent au service du commerce de la cour. Au début du XIXe siècle, la dynastie Nguyễn emporta la fonderie royale dans sa nouvelle capitale, Huế, mais la plupart des orfèvres restèrent ; d’autres, de Định Công et de Đồng Xâm, les rejoignirent plus tard.

Coincé entre les vitrines, aux numéros 42 et 44, le đình Kim Ngân offre une pénombre solennelle face à l’agitation de la rue. Cette maison communale, élevée entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, ne vénère pas Lưu Xuân Tín, fondateur du métier pour les gens de Châu Khê, mais Hiên Viên, patron des cent métiers : des orfèvres de plusieurs villages travaillaient dans la rue et il fallait un patron commun. Malgré tout, ceux de Châu Khê viennent encore chaque année à l’anniversaire du patron du métier, et les 1er et 15 de chaque mois lunaire les habitants viennent brûler de l’encens.

Presque toute la bijouterie est désormais travaillée à la machine, mais au numéro 83 l’artisan Nguyễn Chí Thành, cinquième génération d’une famille de Định Công installée dans la rue depuis 117 ans en 2019, cisèle encore l’argent à la main. Quelles autres vies a eues la maison communale, et qui est venu habiter dans sa salle de culte, la narration le révèle devant sa porte.

Plus de lieux à Hanoi, Vietnam

Retour à Audioguide Hanoi

Téléchargez gratuitement l'audioguide de Hanoi

L'audioguide de Hanoi se trouve dans l'application EarGuide, gratuite et prête à l'emploi hors connexion. Gardez-le dans votre poche et parcourez la ville à votre rythme.

Téléchargez l’app EarGuide Écoutez-la dans l’app

Votre guide personnel dans votre poche. Disponible gratuitement pour iOS et Android. Téléchargez l’app gratuitement : audio hors ligne et guidage GPS.