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Opéra de Saïgon

Photo: Dennis G. Jarvis, CC BY-SA 2.0

Architecture coloniale française

Audioguide Opéra de Saïgon (Nhà hát Thành phố Hồ Chí Minh)

Hô Chi Minh-Ville · 4 étapes · 30 min

Une façade blanche de carte postale qui fut scène, refuge, parlement et cible : le théâtre de 1900 mit un siècle à cesser d'être celui des Français pour devenir celui de la ville.

  • 30 min d'audio
  • Opéra, parlement et guerre

Achevé le 1er janvier 1900 sur un projet de Félix Olivier, le théâtre municipal de Saïgon copia pour sa façade le modèle du Petit Palais de Paris, élevé cette même année. Décors, inscriptions et meubles furent dessinés en France et expédiés de là. Depuis la place Lam Sơn, entre l'hôtel Continental et le Caravelle, il préside le centre colonial de Hô Chi Minh-Ville.

Pendant deux décennies, le rideau ne se leva pas pour des opéras mais pour des députés : de 1956 à 1967 il abrita l'Assemblée nationale du Vietnam du Sud et, depuis 1967, sa Chambre basse. Devant, un monument de neuf mètres à l'Infanterie de marine avait ses soldats tournés vers le parlement, et le Saïgon de l'époque y lut un mauvais présage.

À voir

  • Façade de 1900 — inspirée du Petit Palais de Paris
  • Parlement du Vietnam du Sud — Assemblée nationale et Chambre basse pendant deux décennies
  • Jardin de Lam Sơn — où s'élevait le monument des marines de 9 mètres
  • Muses des arts — retirées en 1943 et rendues en 1998
  • Hôtel Continental — où Graham Greene conçut Un Américain bien tranquille

L’histoire de l’Opéra de Saïgon commence avant l’édifice lui-même. En 1863, la Cochinchine tout juste conquise, l’administration coloniale française fit venir une troupe de théâtre pour distraire les troupes. Les travaux du théâtre définitif débutèrent en 1898 et le 1er janvier 1900 l’édifice était prêt : projet de Félix Olivier, construction supervisée par Ernest Guichard et Eugène Ferret et une architecture que l’on décrit souvent comme « flamboyante », de la Troisième République française, bien que d’autres lectures parlent de réminiscences gothiques ou d’un style Empire avec des ajouts Beaux-Arts.

Ce qui vint ensuite ne tient dans aucun programme. Bombardements alliés en 1944, réfugiés français en 1954, un parlement installé dans la salle pendant deux décennies et une façade dépouillée de ses statues puis recomposée. Les Saïgonnais l’appelaient « Nhà hát Tây », le théâtre des Occidentaux ; aujourd’hui, en abrégé, c’est le « Nhà hát Thành phố », le Théâtre de la Ville. Ce qu’il y a à voir à l’Opéra de Saïgon et comment lire son histoire place Lam Sơn, voilà exactement ce que met en ordre le parcours de l’audioguide : quatre étapes à l’extérieur, entre l’hôtel Continental et le Caravelle, documentées et contrastées avec des sources historiques.

L’autre siège du pouvoir sud-vietnamien fut le Palais de l’Indépendance ; du même Saïgon français datent le Marché de Ben Thanh, avec sa tour de l’horloge, et la Poste centrale de Saïgon, à cinq cents mètres.

La loge du Saïgon français

Hotel Continental Saigon

Résumé de cette étape

Le parcours commence à l’angle de Đồng Khởi et de la place, près de l’hôtel Continental, élevé par Pierre Cazeau entre 1878 et 1880. Autrement dit, l’hôtel était déjà là quand les murs du théâtre commencèrent à monter. Pendant la première guerre d’Indochine, on l’appelait « Radio Catinat », à cause des correspondants et des politiques qui s’y réunissaient, et Graham Greene, client de longue date dans la chambre 214, y conçut Un Américain bien tranquille.

Depuis cet angle, on comprend la scénographie urbaine que recherchaient les Français. Après l’ouverture du théâtre en 1900, l’esplanade devant la façade fut appelée place du Théâtre, et l’ensemble de l’hôtel, du théâtre et de la place devint la vitrine de la ville coloniale. L’étape place le visiteur dans cette loge privilégiée, avec la façade d’Olivier en face et le Continental dans le dos, et réserve à la narration le lien entre le roman de Greene et ce que l’on voyait depuis cet angle.

Neuf mètres de soldats face à la Chambre basse

Công viên Lam Sơn

Résumé de cette étape

Le jardin de Lam Sơn, devant l’entrée, paraît aujourd’hui une pause verte en plein centre. Mais son histoire est celle d’une absence. En 1955, le théâtre fut transformé en siège législatif et la place, jusque-là place Augustin Foray, prit le nom de Lam Sơn. De 1956 à 1967, l’édifice abrita l’Assemblée nationale monocamérale du Vietnam du Sud, et le 31 octobre 1967 y fut inaugurée la Chambre basse, avec 137 députés.

Cette même année, le gouvernement de la Deuxième République éleva dans le jardin un monument de neuf mètres à l’Infanterie de marine, avec les soldats en attitude d’assaut et tournés vers le parlement. L’opinion de l’époque y vit un mauvais présage : l’armée visant les députés. Le 25 juillet 1970, deux Français antimilitaristes, André Menras et Jean-Pierre Debris, grimpèrent sur la statue, déployèrent le drapeau du Front national de libération et lancèrent des tracts. Ils écopèrent de trois et quatre ans de prison, passèrent par Chí Hòa et Côn Đảo et furent expulsés vers la France au passage de l’année 1972 à 1973. Après la chute de Saïgon en 1975, le monument fut abattu.

L’épisode a un épilogue que l’audioguide raconte à l’endroit même où se dressait la statue : le nom vietnamien que les compagnons de cellule donnèrent à l’un des deux Français, et ce qu’il advint de ce nom près de quarante ans plus tard.

La façade qui perdit ses muses

Nhà hát Thành phố Hồ Chí Minh

Résumé de cette étape

Au pied de l’escalier, la façade blanche paraît intacte depuis 1900. Elle ne l’est pas. Son modèle fut le Petit Palais de Paris, et les décors, inscriptions et meubles furent dessinés en France et expédiés de là. Les sources attribuent à l’édifice d’origine un parterre et deux balcons pour environ 1 800 personnes, un chiffre difficile à concilier avec les 559 fauteuils d’avant la dernière grande rénovation.

Entre les deux guerres mondiales, la mairie payait les voyages des troupes venues de France, mais le public préférait les cabarets et les salles de bal, et le théâtre se contenta de concerts occasionnels et de représentations de cải lương, l’opéra traditionnel du sud du Vietnam. En 1943, après des années de critiques contre une façade jugée surchargée, on retira les statues des muses des arts, les guirlandes et deux lampadaires pour rajeunir son style.

Il fallut attendre 1998, pour le 300e anniversaire de Saïgon, pour que la ville restaure la façade et remette en place une partie de ce qui avait été retiré, dont deux muses, les guirlandes et les lampadaires, pour un coût d’environ 25 milliards de dongs. L’étape apprend à regarder cette façade autrement, et explique pourquoi le passage de « théâtre des Occidentaux » à « théâtre de la ville » résume tout le voyage.

Bombes, réfugiés et cirque de bambou

Caravelle Saigon

Résumé de cette étape

La dernière étape se situe à l’angle du théâtre qui regarde l’hôtel Caravelle. Ce terrain garde l’origine de tout : c’est là que, après les premières représentations dans la villa de l’amiral sur l’ancienne place de l’Horloge, fut élevé le théâtre provisoire, bien que les sources ne s’accordent pas sur le point de savoir si l’édifice de 1898 fut construit sur l’ancien ou juste à côté.

D’ici, on passe en revue les années les plus dures de l’édifice. En 1944, les attaques aériennes alliées contre l’armée impériale japonaise l’endommagèrent et il cessa de fonctionner ; en 1954, après Diên Biên Phu et les accords de Genève, il servit d’hébergement provisoire à des civils français venus du nord du Vietnam. Après 1975, il accueillit l’Assemblée populaire du Gouvernement révolutionnaire provisoire et en 1976, avec la réunification, il retrouva sa fonction de théâtre. La rénovation de 2007 à 2009 refit le toit avec des tuiles fabriquées d’après le modèle de 1900, restaura reliefs et statues et réduisit la capacité de 559 à 500 fauteuils rembourrés.

Aujourd’hui sa scène programme A O Show, de la compagnie Lune Production, présenté comme un cirque de bambou vietnamien. Dans la même salle où chantèrent des troupes françaises et débattirent des députés sautent maintenant des acrobates avec des cannes de bambou, et la narration boucle le cercle avec ce que signifie ce changement de scène pour un édifice qui fut tout sauf un simple théâtre.

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