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Pont de la rivière Kwaï

Photo: Krzysztof Golik, CC BY-SA 4.0

Chemin de fer de la mort

Audioguide Pont de la rivière Kwaï (Saphan Khwae Yai)

Kanchanaburi · 4 étapes · 45 min

Un pont ferroviaire de 1943 construit par des prisonniers alliés et des travailleurs asiatiques, rafistolé après les bombardements et toujours emprunté chaque jour par le train. L'histoire réelle de Tamarkan est plus humaine et plus meurtrie que celle du film.

  • 45 min d'audio
  • Ligne Thaïlande-Birmanie

Le pont de la rivière Kwaï, à Kanchanaburi, fait partie de la ligne ferroviaire Thaïlande-Birmanie, longue de 415 km. Son acier et son béton furent assemblés en 1943 avec onze travées à treillis courbe provenant d'un pont démonté à Java. Plus de 90 000 civils asiatiques soumis au travail forcé et environ 12 000 soldats alliés moururent pendant la construction de la ligne. Qui se demande que voir au pont de la rivière Kwaï trouve un monument d'ingénierie toujours en service, avec des piétons sur la voie et des plates-formes latérales où s'écarter au passage du convoi.

La silhouette raconte l'histoire de la guerre : entre les arches d'origine s'intercalent deux travées angulaires qui ont remplacé celles que les bombardements de 1945 avaient fait tomber. S'y ajoute le contraste avec le mythe. Le roman de Pierre Boulle et le film de 1957 ont indigné les anciens prisonniers, car l'officier réel de Tamarkan, Philip Toosey, n'a jamais collaboré avec les Japonais. Et la rivière ne s'appelait même pas Kwaï en 1942.

À voir

  • Travées d'acier courbes — venues d'un pont démonté à Java
  • Deux travées angulaires — la réparation d'après-guerre, après les bombardements de 1945
  • Plates-formes latérales — où les piétons s'écartent au passage du train
  • Mur de granit noir — l'histoire du pont en thaï et en anglais
  • Philip Toosey — le vrai colonel de Tamarkan, loin du film

L’histoire du pont de la rivière Kwaï commence le 26 octobre 1942, quand les prisonniers de guerre britanniques chargés de le construire arrivèrent à Tamarkan, au kilomètre 56 de la ligne. Depuis, le lieu accumule les strates : un pont provisoire en bois, un autre en acier et béton achevé entre mai et juin 1943, des bombardements alliés, une réparation d’après-guerre et une célébrité cinématographique qui a peu à voir avec ce qui s’est passé. Les sources divergent sur certaines dates d’achèvement et sur les chiffres des victimes, et le parcours les traite avec cette prudence.

L’itinéraire de l’audioguide, d’environ 45 minutes, va des locomotives de la rive côté ville aux travées rapiécées après les bombardements et s’achève face à la rivière, depuis l’extrémité opposée. L’expérience complète se savoure en parcourant le tablier avec la narration. Qui suit l’histoire du Chemin de fer de la mort la complète souvent avec le Cimetière de guerre de Kanchanaburi, où reposent ceux qui ont construit la ligne, avec le Thailand-Burma Railway Centre, qui explique le tracé du pont, et avec le Musée de guerre JEATH, premier musée consacré aux prisonniers.

Deux locomotives et une plaque de 1942

River Kwai Bridge Station

Résumé de cette étape

La première étape se situe près de la halte de Saphan Khwae Yai, au pied du pont, où s’arrêtent les trains de la ligne Thonburi–Nam Tok et les trains spéciaux du week-end. Sur la rive sud attendent une plaque du chemin de fer Thaïlande-Birmanie, une draisine diesel à double roulement route/rail utilisée sur le chantier et une locomotive à vapeur de la ligne militaire. Un mur de granit noir, érigé par la municipalité de Kanchanaburi, résume l’histoire du pont en thaï à gauche et en anglais à droite.

Voici la première clé de lecture. Le chemin de fer franchit la rivière à Tha Makham et non à Kanchanaburi même, parce que le sol y était plus stable et le risque d’inondation moindre, même si cela imposa un détour apparent à la ligne. S’y ajoute le coût humain de l’ensemble du chantier : plus de 90 000 civils asiatiques et environ 12 000 soldats alliés, selon le chiffre le plus cité.

Les chiffres des victimes varient selon les sources, et le détail de la façon dont ce décompte se justifie est réservé à la narration sur place.

Arches de Java et sabotage aux termites

Travées d'acier courbes

Résumé de cette étape

Depuis la première plate-forme latérale du tablier, on distingue les travées d’acier courbes : des poutres à treillis dont la membrure supérieure forme un arc, posées sur des piles de béton. Ce sont les onze travées d’un pont démonté à Java en 1942, même si une source thaïlandaise parle de fer venu de Malaisie. C’est le pont qui se dresse encore aujourd’hui.

Sous ces arches se livra une guerre silencieuse. Sous le commandement du lieutenant-colonel Philip Toosey, les prisonniers sabotaient discrètement le chantier : ils rassemblaient des termites en grand nombre pour qu’elles dévorent les structures de bois et mélangeaient mal le béton.

Cette étape fait aussi entrer en scène Boonpong Sirivejjabhandu, un commerçant thaïlandais de Kanchanaburi titulaire d’un contrat pour approvisionner les camps du chemin de fer. Selon la tradition documentée, il se servit de ce contrat comme couverture pour faire passer en contrebande des médicaments, de l’argent et de la nourriture, en collaboration avec Toosey, au risque de sa vie et de celle de sa famille. On lui attribue une baisse de la mortalité parmi les prisonniers, de cinq morts par jour en mai 1943 à un par semaine en novembre.

Deux travées droites là où tombèrent les bombes

Travées angulaires du centre

Résumé de cette étape

La cicatrice de la guerre se lit dans la silhouette même. Face aux travées angulaires centrales, deux poutres à treillis de profil rectangulaire rompent la suite des arches. Une plaque sur les travées neuves atteste la réparation d’après-guerre, et l’une des sources attribue ces travées aux réparations de guerre du Japon, tandis que d’autres citent les chemins de fer d’État thaïlandais.

Les bombardements alliés firent tomber l’une des onze travées d’acier à la mi-février 1945 et deux autres entre avril et juin ; les attaques de juin mirent la ligne hors service jusqu’à la fin de la guerre. Auparavant, le 29 novembre 1943, des bombes étaient déjà tombées sur le camp de Tamarkan, devenu alors camp de convalescence et hôpital, tuant 18 prisonniers et en blessant 68.

Cette étape démonte aussi le mythe du pont qui explose. Selon la tradition documentée, le 10 mars 1957, le tournage du film à Kitulgala, dans le Ceylan d’alors, dut recommencer le dynamitage : le train passa son chemin jusqu’à s’écraser contre un générateur et le pont sauta le lendemain matin. Celui de Kanchanaburi n’a jamais été abattu par des commandos.

La rivière sans son pont de bois

Travées d'acier de l'extrémité opposée

Résumé de cette étape

Le dernier tronçon du parcours mène à l’extrémité opposée du pont, où six travées d’acier ont remplacé après la guerre celles de bois d’origine. La nappe du Khwae Yai s’étend à environ 100 mètres du pont actuel, là où se trouvait le pont provisoire en bois élevé début 1943 puis démonté parce qu’il gênait la navigation. Il n’en reste aucun vestige visible ; sa position exacte figure dans les sources tantôt en amont, tantôt en aval. Vers l’est, la statue et le sanctuaire de la déesse Kuan Yin forment la toile de fond, érigés malgré les protestations des riverains.

Le nom lui-même est une autre strate du récit. En 1942, ce tronçon était le haut Mae Klong et, en 1960, il fut rebaptisé Khwae Yai, « grand affluent » ; le nom Kwaï est né de la prononciation britannique de khwae, qui sonne en thaï comme « buffle ». Quant à la fiction, le roman de Pierre Boulle et le film de 1957, avec Alec Guinness dans le rôle du colonel Nicholson, ont indigné les anciens prisonniers, car Toosey n’a jamais collaboré avec les Japonais.

Reste un épisode humain que le film n’a pas raconté. Selon la tradition documentée, le sergent-major Saito, numéro deux du camp, passait pour moins brutal que bien des gardes. À la fin de la guerre, Toosey plaida en sa faveur et Saito ne fut jamais jugé ; les deux hommes s’écrivirent pendant des années et, à la mort de Toosey en 1975, Saito vint du Japon se recueillir sur sa tombe. Pendant ce temps, le train continue de traverser le pont chaque jour, et la Semaine du pont de la rivière Kwaï propose chaque année, de fin novembre à début décembre, un spectacle son et lumière en hommage aux prisonniers et aux travailleurs asiatiques.

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